Dimension locale de M&D

L’Initiative Conjointe pour la Migration et le Développement (ICMD) insiste sur l’importance des réalités locales et travaille en collaboration avec des acteurs locaux pour établir le lien entre la migration et le développement. Les précédents travaux de l’ICMD ont démontrés que les initiatives les plus réussies dans le domaine de la migration et du développement sont celles qui présentent un ancrage solide  au sein des autorités locales dans les pays d’origines et d’accueil. 
Ce lien est d’autant plus important que les moteurs et les incidences de la migration sont plus ressentis au niveau local que ce soit en termes de conséquences sur le marché local de l’emploi, de taille et de caractéristiques démographiques de la population locale, ou des besoins de services publics. C’est pourquoi les provinces et les autorités locales sont des acteurs stratégiques qu’il faut impliquer  dans les dialogues entre les acteurs sous-nationaux et la société civile. 
Le rapport phare de l’ICMD : « Etat des lieux des pratiques des autorités locales dans le domaine de la migration et du développement : Une approche territoriale des stratégies, initiatives et besoins locaux » décrit le cadre conceptuel de l’approche locale de la migration et le développement et fournit des exemples concrets d’initiatives M&D dans les collectivités locales.

 

Ci-dessous vous pouvez lire un bref historique de l'agenda local M&D ainsi que les questions et réponses clés mettant en évidence l'importance de la dimension locale pour lier efficacement la migration et le développement:

ORIGINE DE LA DIMENSION LOCALE DE LA MIGRATION ET DU DEVELOPPEMENT

Le rôle croissant des collectivités locales dans le domaine de la migration et le développement fait  suite à l'importance croissante du niveau local pour la planification et la réalisation du développement socio-économique. Au cours des 15 dernières années, les principaux acteurs dans le domaine de la coopération au développement sont passés de seulement trois catégories d’acteurs à savoir, multilatéraux, bilatéraux et ONG à une multitude de nouveaux acteurs, tels que les gouvernements locaux et régionaux, le secteur privé, les fondations, les entrepreneurs, les syndicats, les universités et plus encore. Cela a contribué à un changement considérable dans les activités de coopération dont les autorités locales semblent être les principales parties prenantes.

La terminologie « autorités locales » englobe une vaste catégorie qui inclut une grande variété de niveaux et branches du gouvernement, à savoir les municipalités, les communautés, les districts, comtés, provinces et régions. Depuis les années 1990, les autorités locales sont de plus en plus considérées comme des actrices clés des politiques de développement. Leur rôle a notamment été officiellement reconnu au cours des Conférences des Nations Unies à Rio de Janeiro en 1992 et en 1996 à Istanbul, au Sommet du Millénium de l’an 2000 et le Sommet mondial de Johannesburg de 2002 sur le développement durable.

L'importance des acteurs locaux pour la réussite des initiatives de développement a été soulignée par les conseils d’administration de nombreuses institutions actives dans le domaine du développement. Au niveau de l'Union européenne (UE), le rôle des collectivités locales a été pleinement reconnu lors de la révision 2005 de l'Accord de Cotonou. Dans l'Agenda 2011 pour le changement, l'UE vise à « travailler plus étroitement avec le secteur privé, les fondations, la société civile et les autorités locales et régionales pour que leur rôle dans le développement soit de plus en plus important.

Le Rapport sur le développement humain 2010 a conclu que la décentralisation a généralement progressé dans la plupart des régions du monde. En 2009, pour 95 des 120 pays (environ 80%) le corps législatif a été élu par les gouvernements locaux, et dans la moitié des cas les pouvoirs exécutif et législatif ont été élus par les autorités locales. Le premier forum mondial sur le développement des agences de développement locales en Octobre 2011 a particulièrement insisté sur le fait que la décentralisation, la proximité entre les administrations publiques et les citoyens, sont des méthodes efficaces et utiles pour le développement démocratique, social et économique.

À cet égard, la coopération décentralisée est également devenue un élément important pour favoriser le développement au niveau local, en permettant à des programmes de coopération d’avoir un impact au niveau local tout en équipant mieux les autorités territoriales pour comprendre les besoins des populations locales. En outre, le partage des connaissances, le renforcement des capacités et l'assistance technique typique de la coopération décentralisée favorise la bonne gouvernance et l'amélioration des institutions, permettant aux autorités locales dans les pays en développement de mieux protéger les droits et les besoins de leurs citoyens, encourageant ainsi leur développement.

Ces évolutions doivent aussi être observées dans un contexte dans lequel les villes mondiales sont de plus en plus proactives et deviennent de plus en plus des pôles d’influences du fait de la mondialisation. Les unités centrales dans les hémisphères Nord et Sud sont en train de devenir des piliers stratégiques dans les enjeux géopolitiques mondiaux. En effet, leur approche territoriale et leur influence économique rendent les villes mondiales plus attractives tout en positionnant la migration et le multiculturalisme comme des facteurs de succès et de développement. Le volontarisme politique des villes telles que Londres et New York, mais aussi des villes du Sud telles que Bangalore et Rio de Janeiro permettent de promouvoir de manière active une vision positive des migrants. Ces villes ont une histoire de l’immigration et le multiculturalisme qui en découle a créé des opportunités considérables pour les promouvoir comme villes de diversité, inclusive, et prometteuses. A travers l’engagement et l’établissement d’institutions spécifiques dédiées la migration telle que le Comité de conseil des Migrants de Johannesburg, l’expertise des grandes villes dans le domaine des migrations et du développement et la sensibilisation sur l’intégration des migrants ont augmenté. La visibilité et le leadership de ces acteurs dans ce domaine ont en retour eu une influence sur le niveau de militantisme développé par ces autorités locales.

RAPIDES QUESTIONS/REPONSES SUR L’IMPORTANCE DE L’AGENDA LOCAL M&D 
Pourquoi l’approche locale?
Tout d’abord, la mondialisation a changé les modes de vies: les déplacements hors frontières se multiplient et les individus s’éloignent de plus en plus, l’information se répand mondialement et les échanges commerciaux connectent les pays d’une part et d’autres dans toutes les régions du monde. Avec la mondialisation, les communautés ne  se forment plus uniquement à l’échelle nationale mais mondiale. Nous sommes tous en quelques sortes plus interconnectés et interdépendants que l’humanité de l’a jamais été.

De  même, l’importance du niveau local a évolué.  Traiter de la problématique des migrations, c’est avant tout considérer que les individus se déplacent non seulement entre pays, mais aussi entre territoires, et les personnes issues d’une même communauté se déplacent souvent dans les mêmes régions ou villes. C’est en ce sens que les mobilités humaines  fonctionnent selon une logique de “Local à local”.

On pourrait en dire de même concernant nos économies; Alors que la mondialisation connecte différents pays entre eux dans une même communauté économique mondiale, il devient de plus en plus important dans le contexte de concurrence de trouver des stratégies de développement qui donnent de la valeur tout en profitant aux structures locales. 
Le monde dans lequel nous vivons est un MONDE GLOCAL- plus GLOBAL et plus LOCAL à la fois. Dans ce contexte, il faut permettre aux autorités locales d’interagir de manière globale. RENDRE LES ACTIONS DE M&D GLOCAL, est un moyen d’assurer que dans le monde d'aujourd'hui : la migration et le développement sont certainement plus globaux, mais en même temps les acteurs M & D sont de plus en plus obligés de tenir compte de la dimension " locale’.

Pourquoi les autorités locales sont considérées comme des acteurs de M&D ?

L'un des corollaires de la dynamique glocal est aussi le fait que de nombreux gouvernements délèguent maintenant  plusieurs  compétences au niveau local et renforcent les capacités et le rôle des autorités locales. En effet, quatre éléments rendent le rôle des autorités locales cruciales : 1) la proximité de leurs circonscriptions ; 2) leur expérience directe dans la mise en œuvre des politiques ; 3) leur potentiel pour un dialogue participatif et la prise de décision ; 4) leurs compétences dans les stratégies de développement territorial. 

Ainsi, selon la première option, les autorités locales (par rapport aux gouvernements nationaux) sont plus proches de la vie des individus et sont donc plus conscients du contexte sur le terrain (par exemple, elles sont capables de déterminer si les immigrants sont intégrés de façon efficace, s’il y’a une véritable cohésion sociale est social, ou encore savoir ce que cela signifie pour les habitants d'avoir une grande partie de leur famille à l’étranger). Les collectivités locales doivent aussi faire face à la réalité de la migration et les maires des grandes métropoles ont fréquemment des informations importantes concernant la vie et les besoins des migrants et de leurs relations avec les citoyens locaux.

De même, les autorités locales dans les pays en développement sont bien placées pour comprendre les problèmes de leurs habitants et déterminer comment ils peuvent être résolus grâce à des projets de développement locaux. Puisque ces autorités identifient les problèmes et déterminent leurs solutions en fonction de l’impact sur la vie quotidienne de la population, cette proximité avec les individus représente un avantage essentiel dans les processus de prise de décision.

En outre, les  collectivités locales sont souvent responsables de la mise en œuvre de la politique : les gouvernements nationaux décident des actions qui doivent être faites et les gouvernements locaux s’assurent de leur mise en place. Cette position privilégiée est un atout pour être conscient des initiatives qui n’ont pas fonctionnées par le passé, pour ainsi prendre d’autres directives dans l’avenir. Cette prise de conscience est extrêmement importante pour créer des politiques et des programmes efficaces et réalistes. Par conséquent, les autorités locales ont un rôle majeur à jouer en ce qui concerne la décision et les processus d'élaboration des politiques. Dans le domaine de la migration, cela implique par exemple que les autorités locales soient souvent celles qui fournissent une assistance aux migrants qui arrivent sur le territoire national. Ces autorités sont à l'avant-garde dans la mise en œuvre des mécanismes pour l'intégration sociale des migrants. 
D’autre part, dans le domaine du développement, cela signifie aussi que les autorités locales dans les pays en développement doivent avoir  une connaissance approfondie ainsi que le savoir-faire et la pratique pour mettre en place ou soutenir des projets de développement pouvant efficacement répondre aux besoins des populations locales.
En outre, la proximité spatiale des autorités locales avec leur population favorise la participation de la société civile (travaillant dans le domaine de la migration et du développement) à la prise de décision. Cela signifie que les gouvernements locaux ont un potentiel participatif fort pouvant stimuler la  participation effective et démocratique  dans la vie politique.

Enfin, grâce à leur connaissance des particularités géographiques du territoire, de solides compétences en matière de structuration territoriale ont souvent été transférées aux autorités locales. Celles-ci sont donc à considérer comme des partenaires essentiels des stratégies de développement territorial. En résumé, si les initiatives de M&D sont à mettre en place au niveau glocal, les autorités locales peuvent et doivent jouer un rôle majeur.

Pourquoi les migrants et les autorités locales devraient s'associer ?
Afin de répondre à cette question, il faut prendre en compte le fait que les migrants appartiennent à plusieurs pays et plusieurs territoires en même temps et ont donc beaucoup à partager sur le sens de la citoyenneté dans ce nouveau monde glocal.

Ils appartiennent à la fois à leur pays d’origine et au pays de destination et peuvent même passer de nombreuses années de leur vie dans un pays en transit. À cet égard, nous devons répondre à cette question de deux manières:

Pourquoi les migrants et les autorités locales devraient s’associer dans leur pays d'origine?
Concernant la première question, nous pouvons affirmer que les migrants sont souvent plus attachés à leur communauté qu’à leur pays d’origine. En effet, ils y laissent souvent leur famille et proche. Même des générations après, ils développent un fort attachement vis-à-vis  du lieu précis où leurs ancêtres ont émigré de par le passé. Les migrants sont principalement des acteurs locaux.

 

Les stratégies de développement peuvent utiliser cet attachement comme un argument pour rendre les migrants plus disposés à investir dans leur communauté d’origine, qui ne sont pas couverts par l'aide au développement traditionnelle. En outre, les migrants ont quatre principaux éléments à offrir à leur communauté d'origine : 1) le capital social ; 2) le capital financier ; 3) le capital humain et 4) le capital culturel. La richesse des du potentiel des migrants dans le capital social signifie que, grâce à leur double «appartenance», les migrants font partie de grands réseaux capables de favoriser le développement de leur pays d’origine.

Prenons l’exemple des associations de la diaspora, des relations professionnelles et commerciales ou des groupes religieux établis dans le pays de destination. Toutes ces connexions pourraient être utilisées par les autorités locales pour favoriser le développement local. Les transferts de fonds représentent une ressource supplémentaire importante en tant que capital financier: les migrants envoient chez eux de grandes quantités d’argent pour soutenir leurs familles. Par exemple, en 2010, 40 milliards de dollars ont été envoyés par les émigrés africains dans leur pays d’origine. Cela peut aider à favoriser le développement en augmentant les revenus des familles dans les pays d'origine et ainsi créer de la croissance économique locale. Certains effets négatifs peuvent aussi être liées à ces ressources : l’argent peut être utilisé sans créer des avantages durables, les récepteurs peuvent devenir dépendants financièrement ou les inégalités peuvent se développer dans la communauté d'origine entre ceux qui reçoivent de l'argent et ceux qui n'en reçoivent pas.

Par conséquent, afin de maximiser l’impact de la migration pour le développement, les autorités locales doivent collaborer  avec les familles réceptrices des fonds et les migrants qui les envoient. Par le capital humain, nous entendons les professionnels migrants et les compétences interpersonnelles et une augmentation de confiance en soi. A travers leurs parcours, les migrants apprennent, se développent et deviennent ainsi plus confiants et compétents. Certains étudient par exemple à l’étranger et deviennent des professionnels compétents. De ce fait, les autorités locales devraient être en mesure de tirer profit de ces compétences pour le développement du pays d’origine. Le savoir et les compétences des migrants se sont révélés être grandement utiles par exemple dans le domaine de la création d’entreprise, les projets d’infrastructure, le tourisme équitable, où ils ont été en mesure d'importer et de développer dans leurs communautés d’origine des modèles innovants pour le développement local. Les autorités locales peuvent renforcer le lien avec les citoyens et veiller à ce que toute la communauté en bénéficie.

Enfin, les migrants ont une connaissance culturelle profonde enracinée à la fois dans leur communauté d'origine et dans leur pays de destination. Par conséquent, ils peuvent jouer le rôle de médiateurs efficaces dans la mise en place des projets de développement impliquant différentes cultures. Des malentendus pourraient être ainsi évités et l'efficacité des initiatives pourraient être améliorée  de façon exponentielle.

Pourquoi les migrants et les autorités locales devraient s’associer dans leur pays de destination?

Les quatre éléments mentionnés précédemment sont également valables pour le pays de destination. Les réseaux des migrants dans leur pays d’origine, les transferts de fonds, leur professionnalisme et leur expertise des réalités locales sont des ressources vitales qui peuvent et doivent être utilisées et canalisées par les autorités locales dans les pays de destination quand ils créent et mettent en œuvre des projets de développement réussis. Mais nous devons aussi tenir compte de deux autres éléments.

Tout d’abord, la cohésion sociale est au cœur des priorités locales. Les immigrants peuvent vivre dans un état d'exclusion sociale au sein de la communauté, et les autorités locales sont à l'avant-garde dans la lutte pour améliorer la cohésion sociale et l'intégration des migrants.

Deuxièmement, la coopération décentralisée- la coopération pour le développement entre deux collectivités locales dans différents pays - est devenue un nouvel  outil important pour le développement. En effet, il existe des cas intéressants où à l'aide de la coopération décentralisée, les collectivités locales parviennent à améliorer l'intégration des immigrants : On peut ici citer l’exemple de la municipalité de Montreuil, située en banlieue parisienne et lieu de résidence d’une grande partie de la communauté malienne. En profitant des nombreuses associations de migrants pendant de nombreuses années, cette communauté a pu développer des projets de coopération décentralisée avec les autorités locales au Mali. Cette stratégie a efficacement optimisé le capital des immigrants locaux et accru leur sentiment d'appartenance dans les communautés de destination locales. Parallèlement, ce type de stratégie a ouvert de nouvelles perspectives pour d’autres communautés, en leur donnant la possibilité d'être des citoyens de nouvelles communautés dans le monde entier.

Ces questions pratiques nécessitent le développement d'une compréhension approfondie de la manière dont les activités liées à la migration et des migrants prennent forme au niveau local. L'évaluation du potentiel de la contribution des migrants au développement local ne peut être comprise que par l'adoption d'une approche territoriale où les actions des deux autorités et les migrants locaux et d'autres acteurs locaux peuvent être combinés pour obtenir des résultats positifs dans les domaines de l’intégration, de la gouvernance locale, la coopération décentralisée et le développement économique local. Parcourir ces domaines d'intervention pour en savoir plus ici.