LANCEMENT: discussion en ligne sur la migration circulaire

French

Chers membres du Réseau de praticiens,
C’est avec un immense plaisir que je lance cette discussion en ligne sur le thème de la migration circulaire. Le concept de migration circulaire a suscité une attention internationale croissante ces dernières années, par exemple lors du Forum mondial sur la migration et le développement (FMMD) et dans le cadre de la coopération régionale impliquant diverses régions du monde. Les gouvernements ainsi que les organisations régionales et internationales sont en train de mettre en place de nouveaux moyens pour faciliter la migration circulaire, en partie par le biais de la législation, et en partie en concevant des projets ou programmes spécifiques. Cela exige notamment d’étudier la mesure dans laquelle les domaines politiques pertinents peuvent contribuer à créer les conditions préalables au renforcement de la mobilité temporaire et circulaire, et influer sur celles-ci.

L’objectif de cette discussion sur la migration circulaire n’est pas de privilégier cette dernière par rapport à la migration permanente : cela nous intéresse de connaître vos points de vue sur la migration circulaire en tant qu’une des options migratoires disponibles aujourd’hui, qu’ils soient positifs ou négatifs. En particulier:

  1. Quelles mesures et conditions sont-elles susceptibles de faciliter la migration circulaire ?
  2. De quelle manière une telle mobilité peut-elle bénéficier aux pays d’origine et de destination, aux migrants eux-mêmes et à leurs employeurs ?
  3. Quels peuvent être les inconvénients de la migration circulaire, par rapport à une migration plus permanente ?

Les deux formes de migration circulaire qui sont considérées comme pertinentes sont :

- Les personnes résidant légalement dans un pays autre que celui de leur nationalité ou d’origine qui veulent retourner dans leur pays d’origine ou dans un autre pays sur une base temporaire ou plus permanente en vue de s’engager dans une activité (affaires, professionnelle ou autre en relation avec le développement de ce pays) ;

- Les personnes résidant dans leur pays d’origine ou de résidence régulière qui veulent se rendre temporairement dans un autre pays pour le travail, les études, une formation ou une combinaison de ceux-ci, et qui retournent ensuite dans leur pays d’origine ou un autre pays, et qui répètent ensuite ce modèle de mobilité plusieurs fois. 

Les commentaires peuvent évoquer les « barrières » et les « facilitateurs » potentiels pour la migration circulaire « spontanée », à savoir la mobilité intervenant dans le cadre du cadre juridique existant mais hors du cadre des projets ou programmes spécifiques. 

Nous souhaiterions que vous nous montriez l’importance des questions telles que la fuite des cerveaux, le partage de l’information sur le marché du travail et la correspondance du travail, les mesures pour préparer les migrants avant leur déménagement et faciliter le transfert des compétences et des ressources, les visas à entrée multiple et les procédures d’entrée facilitées, permettant un retour temporaire au pays d’origine, sans perdre les droits de résidence dans le pays de résidence temporaire accumulés, la portabilité des droits sociaux et la possibilité de double nationalité pour promouvoir la mobilité volontaire.

Cela nous intéresse d’explorer les inconvénients potentiels, tels que la séparation familiale, le manque d’intégration, les difficultés du transfert d’un statut temporaire à un statut permanent, la capacité limitée de contribuer au développement du pays d’origine.   

Qu’en pensez-vous ? Nous attendons avec impatience vos réponses aux trois questions évoquées ci-dessus, ainsi que des exemples de bonnes pratiques, tirés des travaux que vous réalisez dans ce domaine et/ou de vos expériences professionnelles, y compris des évaluations concrètes ou les données empiriques quand elles sont disponibles.

Meilleures salutations.

Cécile Riallant
Head Programme Management Unit
EC-UN Joint Migration and Development Initiative
UN House, 14, rue Montoyer, 1000 Brussels
Tel : +32 2  235 05 50
www.migration4development.org

Lectures de base :

 - Circular Migration and Human Development – Kathleen Newland, Document de recherche sur le développement humain du PNUD

 - Managing Migration for Development: Is circular migration the answer? – Ronald Skeldon, Université du Sussex, Royaume-Uni, 2010

 - Circular Migration as an Employment Strategy for Mediterranean Countries – Alessandra Venturini, CARIM, 2008

 - Trends and Reasons for East-European Labour Migration to Ireland and the UK in the first years of enlargement – Klára Fóti, Académie des sciences hongroise, 2009

The english version is following the french version

VERSION FRANCAISE

VERSION FRANCAISE

La migration circulaire, un outil pertinent pour l’appui au développement du pays d’origine

Les OSIM, un cadre facilitateur,
La société civile et précisément les acteurs associatifs ou Organisations issues de l’immigration (OSIM) représentent un cadre facilitateur pour la migration circulaire ou temporaire et ce dans le sens du développement du pays d’origine par le partage de l’information et des réseaux ainsi que le transfert des compétences et savoirs faire des migrants.
L’exemple de notre expérience associative démontre explicitement ce constat. En effet, juste après la création de notre organisation AMSED à Strasbourg (France), principalement par des migrants d’origine algérienne, un des membres migrants s’est rendu en mission dans son pays d’origine, pour effectuer un diagnostic territorial de la Kabylie, sa région natale, en identifiant les forces et les faiblesses de celle ci. Divers acteurs issus de la société civile (groupes informels, artisans, éleveurs et divers agents économiques de développement local) et acteurs institutionnels, on été rencontrés pour échanger et partager sur le thème de l’apport de la migration temporaire pour le pays d’origine.
L’analyse des questionnaires et comptes rendus de réunion a mis en évidence les vrais besoins du marché du travail local, ses subtilités et les créneaux ayant un fort potentiel en terme de création d’emplois et de richesses pouvant mobiliser les apports des migrants, via une démarche de mobilité temporaire.

Des micros projets et de nouvelles valeurs ajoutées voient le jour dans la région d’origine

La partie visible de l’Iceberg concernant cette migration temporaire se situe à un double niveau. Suite à cette mission, des activités mobilisant les compétences et les réseaux des migrants en France ont été structurés. Nous avons mis en place un programme d’appui au développement du pays d’origine à travers le partage d’information, des diagnostics partagés et l’accompagnement dans la conception de projets. Concrètement, deux projets novateurs de création de fromageries écoles ont vu le jour. Pour la première fois dans la région, le fromage fermier et bio se fabrique et se vend sur le marché local. Des emplois familiaux ont été créés à travers la diversification des produits de la ferme et des activités de formation sur la technologie fromagère se sont multipliées en partenariat avec l’association ADPAL, renforçant l’impact et le rayonnement du projet sur tout le territoire.

Quant au deuxième niveau, il se situe au niveau de la formation d’agents de développement local résidant dans le pays d’origine, en les faisant venir dans le cadre de stages d’immersion et de formation en France. Ainsi, les deux bénéficiaires des fromageries, ont participé à des stages de trois semaines chacun, dans une exploitation, non loin de Strasbourg, pour maîtriser le procès de fabrication du fromage fermier. D’autres apiculteurs ont été accueillis chez un apiculteur strasbourgeois pour apprendre les techniques d’élevage de reines. De retour dans leurs pratiques sociales au pays, ils ont mis en application les nouvelles techniques apprises en France, à savoir l’élevage de reines et la fabrication du fromage fermier, des nouvelles valeurs ajoutées pour leur territoire de vie.

Un dispositif et une méthode pour faciliter la circulation temporaire des compétences de migrants ont été structurés

Forte de cette expérience de mobilité réciproque, notre association et ses partenaires dans le pays d’origine ont structuré des microprojets autour du compagnonnage des migrants, cadre catalyseur et facilitant le transfert des compétences et des ressources des migrants, et ce à travers leur mobilité temporaire.
Le compagnonnage, tel que définit dans l’approche du projet, désigne les actions de formation, de conseil et d’appui, formalisées et menées par un compagnon. Le compagnon est un agent migrant expérimenté qui partage progressivement ses connaissances et ses savoir-faire avec son binôme afin que ce dernier puisse acquérir les compétences transmises.

En effet, les migrants possèdent, sous plusieurs formes, le capital qui peut faire l’objet d’un transfert vers le pays d’origine et au profit du développement de celui-ci, à savoir:
? un capital de compétences et de savoir-faire qui correspond à la mise en œuvre, en situation professionnelle, de capacités pratiques et théoriques permettant d’exercer convenablement et durablement une fonction ou une activité ; ces atouts peuvent être valorisés par le migrant au profit de l’Algérie,
? un capital relationnel qui correspond à l’ensemble des contacts et des réseaux mobilisables, par les migrants, dans un milieu professionnel donné, et facilitant certaines actions des acteurs impliqués dans ce milieu,
? un capital financier qui est formé par les avoirs des migrants sous forme d’actifs financiers ou de capital économique (moyens de production).

Les contributions de l’AMSED et ses partenaires,
L’AMSED et son réseau de partenaires, notamment les associations ADPAL et APAM proposent aux migrants de la diaspora d’origine algérienne de les accompagner dans la mise en œuvre de leur projet : le rôle de l’AMSED est un rôle d’appui et de conseil.

C’est ainsi que l’AMSED propose aux migrants temporaires les mesures d’appui suivantes :

1) un accompagnement pour structurer un projet viable et pérenne qui pourra durer dans le temps,
2) une aide à la structuration de leur projet grâce à une étude de faisabilité, afin de le rendre défendable devant les financeurs potentiels,
3) une sensibilisation aux notions de base relatives aux initiatives d’investissements économiques pour comprendre les différents aspects de la création d’entreprise et de la conduite de projets,
4) du conseil dans les dispositifs de financement, privés et publics, existant en Algérie ou au niveau international: Banques, ANSEJ, ANGEM, Collectivités, Fondations, sponsors ….
5) un appui aux projets par nos associations partenaires travaillant en Algérie ayant une connaissance du terrain
6) la mise en réseau des porteurs de projets en bénéficiant de l’expertise pluridisciplinaire des personnes-ressources d’origine algérienne répertoriées dans la banque de compétence de l’association.

Forces et faiblesses de la mesure :

De toute évidence, les forces de cette expérience de migration circulaire « au coup par coup » sont les résultats visibles et tangibles des microprojets en termes d’acquisition et de transfert de compétences, création d’emplois et de nouvelles valeurs ajoutées, au niveau local, en se basant sur une analyse fine des besoins.
A cela, s’ajoute l’engouement des migrants à développer des initiatives au pays d’origine et à débattre, sans langue de bois, sur les choix stratégiques les plus pertinents pour le développement du pays d’origine. Il s’agit d’un espace, dans la société d’accueil, favorisant la concertation et l’expression libres des groupes minoritaires dans la diversité de leurs opinions.

Par contre, même si le fait que les migrants d’origine algérienne en France ont la possibilité de posséder une double nationalité, ce qui facilite leur circulation et ainsi le transfert de leurs ressources, il n’en demeure pas moins que quelques difficultés limitent leur mobilité temporaire : la question des coûts de la mobilité pour une coutre durée, notamment la prise en charge des transports internationaux ; les problèmes de visas l’absence de cadre ou de structures de proximité d’accompagnement, dans le pays d’accueil et d’origine pouvant faciliter la circulation temporaire des migrants. Toutefois la coopération décentralisée définie entant qu’approche exhaustive ouverte à tous les acteurs dans leur diversité et l’implication des collectivités territoriales du Nord et du Sud auraient pu être un facteur levier facilitateur pour la mobilité circulaire des migrants.

ENGLISH VERSION :

Circular migrations, a relevant tool for the support of the development of the country of origin.

Organizations coming out of immigration, a helpful frame,

The civil society, and especially people involved in community life or organizations coming out of immigration, embody an helpful frame for circular or temporary migration in the direction of the development of the country of origin through the sharing of information and social networks as well as the transfer of competences and know how from the migrants.
The example of our organization shows clearly this statement. Indeed, just after the setting-up of our organization AMSED in Strasbourg (France), mainly by migrants coming from Algeria, one of the members went to his country of origin for a diagnostic mission of the territory of Kabylie, his region of origin, identifying it’s strengths and weaknesses. Several people coming from the civil society (informal groups, craftsmen, breeders and several economic agents of local development) and institutional representatives have been met to share and discuss about the contribution of temporary migration for the country of origin.
The analysis of the plots and meeting reports enlightened the real needs of the local labor market, its subtlety and the niches having a high potential in job creation and wealth that can mobilize the migrants’ contribution, through a temporary mobility approach.

Micro projects and new added valued grow in the region of origin.

The top of the Iceberg concerning temporary migration is held in a double level. As a result to this mission, activities calling up migrants’ living in France competences and networks have been structured. We implemented a program supporting the development of the country of origin through the sharing of information, shared diagnostics and help with the projects conception. In concrete, two innovative projects of setting-up a dairy-school grow. For the first time in the region, the farm cheese and bio cheese is made and sold on local markets. Jobs in families have been created through the diversification of the farm products and the activities of training on cheese technologies that increased in number, held in partnership with the association ADPAL, reinforcing the impact and influence of the project on the whole territory.

About the second level, it is held at the level of the training of agents of local development living in the origin country, by involving them in the frame of training courses in immersion and of trainings in France. So, the two beneficiaries of the cheese dairies, participated to trainings during 3 weeks each, in a farm, not far from Strasbourg, in order to master the making process of the farm cheese. Other beekeepers have been hosted by a French beekeeper from Strasbourg in order to learn the queens’ beekeeping technical. When they came back in their work in the country, they applied the new technical learned in France, it is to say, the queens’ beekeeping and the farmer cheese making process, which became new added values for the territory where they lived.

A device and a method to make easier the temporary circulation of the migrants’ competences have been structured.

Tough from this experience of mutual mobility, our association and its partners in the country of origin sat up micro projects around the method of « migrants’ companionship », frame permitting an easier transfer of competences and resources, through their temporary mobility.

The companionship as defined in the approach of the project shows activities of training, advice and support, formalized and led by a « companion ». The companion is an experimented migrant that shares progressively his knowledge and know - how with his partner in order to make him acquire the transmitted competences.

Indeed, migrants have, under several shapes, the capital that can be the subject of a transfer to the country of origin in aid of its development, as to say:

- a capital of competences and know-how that correspond to the implementing, in work situation, of practical and theoretical knowledge allowing to practice properly and on permanent bases a function or an activity ; these assets can be valued by the migrant in advantage of Algeria.
- A relational capital that corresponds to all contacts and networks that can be mobilized, by migrants, in a given working field, making easier some actions from people implied in this field.
- A financial capital that is formed by the migrants’ holdings or economical capital (means of production).

The contribution made by AMSED and its partners,

The AMSED and its network of partners, mainly the ADPAL and APAM organizations, are proposing to the migrants from the Algerian Diaspora to follow them in the setting-up of their project: the role of the AMSED is a role of support and advice.

This is how AMSED propose to the temporary migrants the following support measures:

1) A support to structure a sustainable project that can last for a long time,
2) An help in the structuring of the projects thanks to a feasibility studies, in order to make it defensible in front of potential fundraisers,
3) A awareness on the basic concepts about economic investment initiatives in order to understand the different aspects of companies setting-up and project management,
4) Advice about the fundraising systems, private, public, those exist in Algeria or at an international level: bank, ANSEJ, ANGEM, local collectivities, foundations, sponsors…
5) A support to the projects thanks to our partner organizations working in Algeria and having a good knowledge of the ground.
6) Networking of the projects leaders enjoying from the multidisciplinary expertness from resourceful people coming from the Algerian Diaspora that are identified in the bank of competences of the association.

Strengths and weaknesses of the measure:

Obviously, the strengths of this experience on circular migration on an ad hoc basis are the visible and tangible results of the micro projects in terms of acquisition and transfer of competences, job creation and new added values, at a local level, based on a thin analyze of the needs.
It can be added the keen interest that migrants have in developing initiatives of the country of origin and to debate, without stonewalling, about strategic choices that are the most relevant for the development of the country of origin. It represents a place, in the foster society, promoting cooperation and free expression of minority groups in the diversity of their opinions.

But, even if the fact that migrants of Algerian origin, in France, have the possibility to have a double citizenship, which helps the circulation and transfer of their resources, there still are some difficulties that are restricting their temporary mobility : the question of the costs of the mobility for a short duration, moreover the payment of international transportations ; problems of visas and the lack of frame or structures of proximity to help the migrant, in the hosting country and the origin country that could make easier the temporary circulation of migrants. But, the decentralized cooperation defined as exhaustive approach open to all people in their diversity and the implication of the territorial collectivities from North and South could have been a helpful lever factor for the circular mobility of the migrants.

M. Djilali KABECHE
Directeur – Director
Association Migration Solidarité et Échanges pour le Développement
AMSED – Espace Nord/Sud
17, rue de Boston 67000 Strasbourg – France
Tél. / Fax : 00.33.(0)3.88.61.71.67.
Mobile : 00.33.(0)6.61.34.26.03.
Courriel : amsed@wanadoo.fr
Skype : AMSED Djilali

La migration circulaire serait vraiment une bonne pratique pour éviter la fuite des cerveaux.
Répondant globalement sur ces trois questions, je peux dire que les mesures à prendre sont celles susceptibles de permettre ou de faciliter aux acteurs de développement du Sud, d'exercer ici au nord des stages professionnels ou d'observation en vue d'améliorer ou de mettre en pratique leurs projets. En plus, il est claire que la plus part des migrants sont porteurs des projets dans leurs pays d'origine. Malheureusement, dans le pays d'immigration les activités de développement des migrants ne sont pas pris en considération sur le plan professionnel, leur faciliter le financement pour l'installation de leurs projet dans leurs pays d'origine ainsi que la prise en charge de déplacement de leur famille et leur logement pour la première année, serait à notre avis, une façon d'aider les migrants à valoriser ses compétences pour le développement de leurs pays. Car, ce qui bloque les migrants à retourner dans leur pays, c'est la crainte d'y trouver du travail et de pouvoir à nouveau s'intégrer.Aussi, la plus part des migrants sont bloqués par le problème de nationalité. Lorsque dans leurs pays d'origine la double nationalité n'est pas acceptée, le fait de n'avoir pas pris la nationalité du pays d'accueil est un risque de ne plus obtenir le visa pour le retour, et si la personne a pris la nationalité dans le pays d'immigration, il se retrouve étranger dans son propre pays. Ce qui engendre un sérieux problème identitaire. Ainsi, bien que présentant beaucoup d'avantages, il s'avère que la migration circulaire peut avoir comme inconvénient le manque de repère, d'attache, voir d'identité pour la personne et surtout pour les enfants.

Chères amies,
A la notion de migration circulaire, nous préférons la circulation migratoire, moins connoté politiquement et plus solide scientifiquement. C’est le groupe du laboratoire Migrinter à l’université de Poitiers qui le premier a théorisé autour de la notion de circulation migratoire, à partir des travaux d’Emmanuel Ma Mung, Alain Tarrius, Stéphane De Tapia (etc..), et récemment avec des travaux de thèse comme le notre.

Les politiques ont repris à leur compte et l’ont redéfini à travers le terme de migration circulaire. Il évoque pour nous, une politique de régulation des flux migratoires, une politique du contrôle des frontières, une politique d’une immigration choisie, une politique utilitariste, une politique marquée par des inégalités entre le Nord et le Sud, servant à garantir les besoins économiques des pays du Nord (UE, Etats-Unis, Canada, etc...) grâce aux pays du Sud, tout en se donnant bonne conscience. Bonne conscience, car ces migrations circulaires servent bien entendu à développer les pays du Sud (Amérique latine, Afrique, Asie du Sud) d’où sont originaires la majorité de ces migrants temporaires.

La notion de circulation migratoire est une notion englobant, pouvant s’appliquer à différents types d’organisation de migrants. Cette notion synthétise l’ensemble des relations entre le groupe ou l’individu émigré et le pays d’origine et prend la forme dynamique d’un « va-et-vient ». Il est important de signaler que pour nous le terme de circulation migratoire ne signifie pas seulement un va-et-vient entre deux espaces, espace de départ et espace d’arrivée. Il ne se substitue pas non plus à la migration. Il prend en compte plus globalement le parcours migratoire de l’individu. Il donne sens à de nouvelles dynamiques migratoires, plus complexes et plus mondialisées. Et il donne forme à des pratiques spatiales et à des mobilités qui s’appuient sur les réseaux et sur le savoir-migrer.

C’est dans ce contexte de mondialisation économique, sociale et culturelle – et paradoxalement  celui d’une restriction des mobilités des gens les plus pauvres – que la circulation migratoire apparaît comme le support d’une migration réussie. A coté, le terme de migration circulaire est largement approprié par les dirigeants politiques des pays riches. Cette notion intervient à son tour comme un outil de gestion politique, comme un outil de régulation des flux migratoires, comme un outil de lutte contre l’immigration clandestine.

1. Quelles mesures et conditions sont-elles susceptibles de faciliter la migration circulaire ?
Ce qu’on appelle la migration circulaire existe en réalité depuis des siècles. Elle a simplement aujourd’hui un nom et elle a été rendue officielle par des réglementations politiques en lien avec la gestion de la main d’œuvre, ou par la politique des visas.

Deux exemples pour illustrer nos propos :
- La migration circulaire s’inscrit alors dans le temps long et passé.  Emmanuelle Hellio (2009, p.197) évoque les ouvriers belges venus travailler en France à la fin du XIXe siècle, qui voyaient, eux aussi, leur droit au séjour limité à la durée de leur contrat de travail, et qui étaient expulsés en cas de licenciement.
- Aussi, les Marocains pratiquaient d’une certaine manière cette migration circulaire, puisque avant l’instauration des visas, les Marocains allaient travailler dans l’agriculture dans le sud de l’Espagne (Andalousie) quelques mois et rentraient au Maroc le reste du temps. Ainsi, les Marocains, à partir de mai 1991, ont découvert que le passeport ne suffisait plus pour aller en Espagne qui leur impose désormais une demande de visa. C'est-à-dire qu’avant les visas, la migration circulaire se faisait sans problème et de manière naturelle pour les Marocains. Aujourd’hui la migration circulaire est imposé par en haut, ce qui crée de la frustration pour ceux et celles qui la subissent et non la choisissent. Car aujourd’hui elle reste une des rares alternatives de pouvoir se déplacer de manière régulière vers le nord de la Méditerranée.

La migration circulaire pourrait être facilitée par la mise en place de cartes de séjour des migrants temporaires. On le voit bien dans l’exemple marocain, jusqu’à l’instauration du visa, la migration circulaire était pratique courante, elle a été bouleversée par une démarche politique de la migration circulaire, qui amène à choisir le migrant que l’ont veut et déséquilibre alors l’équation qui se voudrait gagnant-gagnant pour les deux pays. Celle-ci devient effectivement gagnante d’abord pour le pays de destination qui ne s’encombre plus de l’installation d’un migrant. Les propres besoins du migrant ne sont pas pris en compte, besoin de partir de manière temporaire pour travailler, étudier, découvrir un  pays, se libérer d’une oppression...

2. De quelle manière une telle mobilité peut-elle bénéficier aux pays d’origine et de destination, aux migrants eux-mêmes et à leurs employeurs ?
Il faudrait une véritable analyse pour comprendre en quoi ces mobilités peuvent avoir un réel impact positif pour les espaces de destination et d’origine. La question étant, qu’elle est extrêmement positive pour les pays du Nord qui ne subissent plus la migration d’installation, la migration clandestine ou irrégulière. Alors que pour les pays d’origine, l’équation du développement n’est pas si évidente.

Souvent ces migrants qui circulent améliorent leur niveau de vie mais de là à avoir un impact sur le développement, nous ne le pensons pas. Car souvent ces migrants ne sont pas accompagnés en retour sur des projets qu’ils pourraient réaliser. Et si, et seulement si le migrant le souhaite bien entendu.

Et parfois, la migration circulaire coûte plus qu’elle ne rapporte. Nous avons par exemple des entretiens de femmes qui pratiquent la migration circulaire à travers les contrats en origine pour la cueillette des fraises à Huelva en Espagne. Toute la procédure et la démarche coûtent.  Une fois sur place pour les plus chanceuses (car toutes ne partent pas), il est arrivé, qu’elles ne travaillent pas tous les jours, et que les jours d’arrêt soient plus importants que ceux travaillés. Le logement est gratuit mais pas les déplacements et la nourriture. Alors, certaines sont rentrées, notamment l’année dernière, avec plus de dépense que d’entrée d’argent !!!

Elle est toute bénéfique pour les employeurs puisqu’ils ont les migrants qu’au moment où ils en ont besoin et ils repartent quand le travail est terminé. On a la force du migrant pour le travail dont on a besoin, mais on évite tous les inconvénients de l’installation du migrant, c'est-à-dire son intégration à une nouvelle société, l’apprentissage de la langue, de la culture, ( etc... ), qui sont loin d’être des préoccupations de l’employeur. Souvent il s’agit d’une main d’œuvre précaire, abondante et peu cher. C’est ce que certain appelle l’ « utilitarisme migratoire » (Alain Morice, 2004).

3. Quels peuvent être les inconvénients de la migration circulaire, par rapport à une migration plus permanente ?
La liberté de circulation, la liberté de choisir là où on veut au moment où on le souhaite est plus que nécessaire aujourd’hui pour la liberté des femmes et des hommes.  Or la migration permet cela, mais pas la migration circulaire qui impose au migrant temporaire l’heure à laquelle on a besoin de lui, et l’heure à laquelle on le renvoi car on n’a plus besoin de ses services.

Les inconvénients vont d’abord toucher ceux qui subissent la migration circulaire. Reprenons l’exemple des contrats en origine des migrantes marocaines vers la province de Huelva pour cueillir la fraise. Elles attendent patiemment mais non sans doute et sans peur, qu’on les choisisse et qu’on les appelle. Cette année, année 2010, année de crise, les autorités  espagnoles ont fait le choix de faire venir seulement 3000 Marocaines (alors qu’en 2009, près de 16000 ont participé à la saison des fraises). Celles que nous avons pu rencontrer et qui n’ont toujours pas été appelées nous ont clairement dit, bien que cela fait la troisième année qu’elles participent à la récolte des fraises en Espagne, que si elles étaient amenées à partir, elles resteraient.

Comme un système bien huilé jusqu’alors et permettant de ne pas créer des clandestines dans le territoire espagnole, va peut être voir aujourd’hui des résultats différents à ceux auxquels on peut s’attendre ? Le système des contrats en origine, qui est une forme de migration circulaire, de migration choisie pour un travail temporaire, de migration qui empêchent les femmes de rester car celles-ci sont choisies de sorte à ce qu’elles rentrent. En effet, diverses conditions doivent être remplies par ces femmes. Elles doivent être femme (politique clairement sexuée de l’Espagne), être d’origine rurale et/ou avoir une expérience agricole au Maroc, avoir l’autorisation du mari ou un acte de décès ou de divorce pour celles qui sont dans ces cas de figure, et enfin la plus importante avoir au moins un enfant de moins de 13 ans.

Ces conditions garantissent des attaches familiales pour ces femmes dans leur pays d’origine, ce qui permet au système de bien fonctionné (en 2008, seule 4,5% sont restés en Espagne). Cette migration circulaire est donc considérée comme une réussite et comme modèle à suivre pour l’UE qui finance le projet sur la ligne AENEAS.

Mais depuis cette année, plusieurs questions se posent et notamment pour les femmes. En effet, le système jusque là bien huilé n’avait pas prédit les années de crise. Or, actuellement le départ des femmes a été revu nettement à la baisse, ce qui provoque de la colère, des peurs et des doutes pour certaines de ces femmes qui vivent dans une grande précarité, et pour qui cette migration de quelques mois, permet néanmoins de subvenir aux besoins de la famille.  L’objectif principal qui était de faire que ces femmes rentrent au pays est aujourd’hui remis en cause par la crise et par une année « blanche » pour les femmes concernées. Ainsi, un certain nombre ont clairement signalé, qu’elles ne pouvaient « pas être des pantins au mains de la politique économique espagnole ». La solution à terme pour ces femmes, serait d’obtenir des papiers et de les régulariser afin qu’elles puissent aussi tenir compte de leurs propres besoins en terme de travail.

Il y a effectivement une différence entre la migration d’installation, et le fait de régulariser sa situation d’obtenir une carte de séjour du pays où l’on travaille et de choisir aussi quand est ce que l’on veut migrer. Le choix actuel de ces femmes va dans ce sens, d’avoir des papiers mais de continuer la migration circulaire.

L’approche actuelle des pouvoirs publics a pour mot d’ordre la réduction des flux migratoires, la baisse du nombre de migrants illégaux et le développement des pays d’origine. Cela se traduit par une sélection de la main-d’œuvre parfois directement dans le pays de départ et par un utilitarisme économique répondant aux besoins des pays du Nord. Tout ce système bien huilé permet d’exporter des fraises en important une main-d’œuvre qui n’a pas son mot à dire, qui ne doit pas chercher à rester, à avoir des droits ni à revendiquer un but. Comme le souligne Alain Morice, des pays riches veulent aussi avoir « le travail sans le travailleur ».

La réduction des barrières et des obstacles à la mobilité ainsi que l’amélioration des politiques à destination des migrants peuvent générer d’énorme bénéfices en terme de développement humain aussi bien pour les pays du Nord que les pays du Sud.

Chadia Arab

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